Si vous vous intéressez à la méthode du clicker training et à l’éducation positive et amicale, vous connaissez sûrement le site Animalin de Catherine Collignon, une référence et une pionnière dans la prévention des problèmes de comportement et en rééducation comportementale au clicker-training.

Il y a quelques semaines, Catherine Collignon a eu l’immense gentillesse d’accepter de ma part cette interview exceptionnelle ou devrais-je dire cette formation. Découvrez sans plus tarder cette experte francophone !

 

Catherine Collignon educatrice et comportementaliste

 En photo son chien Ricky et Catherine Collignon

 

Interview exclusive avec Catherine Collignon du site animalin :

 

Jean-Luc Fourtier : Bonjour Catherine, alors est-ce que vous pouvez nous présenter en quelques mots votre parcours professionnel et comment avez vous développé votre expertise ?

Catherine Collignon : Pour cette question, le mieux serez de vous diriger en cliquant sur ce lien : historique professionnel de Catherine Collignon

Mon expertise s’est faite grâce aux rencontres canines. Je suis toujours partie du postulat que mes meilleurs « guides », « enseignants » en matière d’éducation canine ou en réhabilitation comportementale étaient les chiens eux-mêmes. Ils m’ont fait douter, ils m’ont posé bien des problèmes, ils m’ont fait réfléchir des jours, des années durant, ils m’ont quelquefois découragée, souvent enthousiasmée, mais jamais déçue.

J’ai également beaucoup observé et analysé le comportement des humains, je me suis moi-même observée et analysée, la façon dont j’apprenais, mon comportement quand j’avais peur, quand j’étais en colère, quand je doutais, etc… Je dis souvent que si je n’avais pas fait d’anthropomorphisme, je n’aurais jamais pu résoudre la plupart des problèmes de comportement que les chiens à travers leurs maîtres m’ont demandé de résoudre.

 

Jean-Luc Fourtier : OK, impressionnant tout de même ! Pour que nos lecteurs comprennent bien, que veut dire éducation amicale et positive et qu’est-ce qui la démarque dans son approche ? 

Catherine Collignon : Décider d’employer des méthodes amicales et positives en éducation, c’est décider d’interagir avec le chien en respectant son état émotionnel, mental et physique. C’est ne pas dissocier comportement et éducation. C’est, en apprentissage, s’arrêter sur le fond (comportement, émotion et caractère) afin de prévenir la plupart des problèmes de comportement plutôt que sur la forme (assis, couché, debout).

C’est regarder le chien avec lequel on interagit comme un individu unique et sensible. C’est décider de ne pas faire à son chien ce que nous n’aimerions pas que l’on nous fasse ou décider de faire à notre chien ce que nous aimerions que l’on nous fasse. C’est ne pas demander à notre chien d’être copain avec nous, mais tout faire pour qu’il veuille être copain avec nous.

C’est avoir un regard empathique sur la façon dont on lui apprend la meilleure façon de se comporter. C’est vouloir comprendre, au-delà d’un comportement, ce qui le motive. C’est toujours définir notre intention derrière nos actes. C’est s’enrichir aussi bien de la façon dont le chien interagit avec nous que de notre façon de communiquer avec lui. C’est faire la connaissance des lois scientifiques de l’apprentissage.

C’est mesurer à quel point nous sommes tous interconnectés en tant qu’espèces. C’est œuvrer pour le bien-être animal.

Vouloir définir les méthodes amicales et positives en éducation, c’est se placer tout aussi bien d’un point de vue philosophique, sociologique, scientifique,  intellectuel voire humaniste.

 

Jean-Luc Fourtier : D’accord, merci pour cette grande précision ! Pouvez-vous Catherine nous en dire beaucoup plus sur la méthode du clicker-training et l’impact quelle représente sur nos compagnons à 4 pattes ?

Catherine Collignon : Le clicker-training est une des rares techniques d’éducation qui prend ses fondements sur les lois scientifique de l’apprentissage, c’est la raison pour laquelle elle est applicable sur beaucoup d’espèces animales : chat, cheval, cochon, lion, vache, mouton, chien, etc… C’est aussi la raison pour laquelle, si l’application du clicker-training n’obtient pas les résultats escomptés avec un animal, ce n’est pas la technique qui est à remettre en cause, mais les capacités de la personne qui clique.

Cette technique met en valeur les capacités cognitives des animaux. Avec le clicker-training, il n’y a pas de rapport de force physique entre l’homme et l’animal. On n’impose rien, on donne envie : cette différence est fondamentale. Le clicker-training offre un outil de communication entre les deux espèces simple et fiable.

On peut pratiquement tout apprendre à un chien au clicker-training, du plus simple « Assis » au plus compliqué « Faire du skate-board ». Le clicker-training « oblige » le maître à changer son regard sur la façon dont les chiens apprennent. Le clicker-training amène le maître à faire un réel travail sur lui-même et à s’enrichir de l’échange entre lui et son chien.

C’est un outil extrêmement précieux en rééducation comportementale, en laissant l’opportunité au chien de choisir la meilleure façon de se comporter et de lui apprendre la gestion de ses émotions.

On se rend vite compte que l’animal est capable de comprendre une foule d’objectifs, il n’y a plus de chiens exceptionnels, il n’y a que des chiens exceptionnels. Les notions d’obéissance et de désobéissance sont remises en question pour un apprentissage basé sur la coopération.

Le maître invite, donne envie, amène le chien vers un objectif, le chien est attentif, cherche à comprendre, essaye, mémorise et redonne le comportement en devenant de plus en plus coopératif dans l’apprentissage. Le chien n’évite pas de produire ce qu’on lui demande, il cherche à le faire, voire invite le maître à des séances d’éducation.

Ainsi on peut demander à un chien de s’asseoir et de se coucher 20 fois de suite sans que le chien perde sa motivation ou refuse de le faire. Elle donne au chien l’opportunité de résoudre des problèmes, une dépense mentale salvatrice pour les chiens. Le clicker-training oblige le maître à regarder son chien comme un être sensible,  précis, « intelligent » et extrêmement coopératif.

En finalité, dans une séance de clicker-training, il y a toujours deux gagnants : le chien, car il apprend à communiquer grâce à une technique ne générant aucun stress ou peur associés au maître ou aux membres de la famille, et le maître qui interagit avec un chien motivé, spontané et coopératif dans l’obéissance.

C’est pour toutes ces raisons et bien d’autres qu’Il n’est jamais arrivé à une personne commençant à travailler au clicker-training de retourner en arrière pour une éducation basée sur le rapport de force physique.

 

Jean-Luc Fourtier : Ok ! Alors ma question va être assez particulière mais avez-vous déjà rencontré dans votre parcours professionnel des chiens refusant catégoriquement la friandise et le jeu pendant la distraction, si oui comment procédez-vous ? 

Catherine Collignon : Le refus de prendre des friandises peut dépendre de plusieurs facteurs intrinsèques et/ou extrinsèques. Le premier facteur, peut-être le plus évident est que la friandise proposée n’est pas suffisamment appétissante pour motiver le chien, il faut donc agir sur la qualité voire la quantité.

Le deuxième facteur peut être environnemental en ayant un effet anxiogène sur le chien inhibant son appétit, il faudra donc agir sur ce qui l’inquiète, l’insécurité ou lui fait peur, sachant que l’environnement peut-être la personne qui à l’intention de travailler avec le chien. Le troisième facteur peut être la peur du chien d’être en compétition pour la friandise ou le jouet avec la personne qui les tient, il faudra cette fois agir sur la qualité des interactions entre le maître et le chien au quotidien.

 

Jean-Luc Fourtier : Quand on est novice dans l’éducation canine, quels sont les erreurs à éviter quand on éduque un chien ? 

Catherine Collignon : Le gronder ou lui faire mal quand on lui apprend un comportement. Récompenser des comportements sans l’intention de le faire, les sauts à l’accueil par exemple. Les maîtres doivent rester concentrés sur le fait qu’à chaque fois qu’ils sont en interaction avec leur chien, ils sont en train de lui apprendre quelque chose, donc de l’éduquer.

Sachant que la plupart des comportements indésirables sont appris dans ces moments-là, quand le maître ne pense pas être en train d’éduquer son chien ; pris par le quotidien, il ne fait pas attention au point de vue du chien.

 

Jean-Luc Fourtier : Ok ! Et par quoi faut-il commencer pour éduquer son chien ? 

Catherine Collignon : Je placerai plusieurs apprentissages au même niveau : assis, ne pas sauter, rester seul, ne pas tirer en laisse et aimer revenir vers le maître.

 

Jean-Luc Fourtier : Avec votre méthode peut-on modifier des comportements gênants sur un chien âgé, que ce soit sur la propreté, l’agressivité…? 

Catherine Collignon : Je n’utilise pas que le clicker-training pour éduquer et rééduquer, mais ma pratique et mon regard restent toujours positifs dans l’application, mon intention derrière mon enseignement est toujours bienveillante vis-à-vis du chien.

Si l’on part de ce postulat et si l’on maîtrise le comportement et les lois de l’apprentissage, pratiquement tous les problèmes de comportement sont récupérables, quelle que soit la race et l’âge.

L’on peut également agir en prévention pour pratiquement tous les comportements qui posent actuellement problème au quotidien. Le clicker-training est cependant l’un des outils les plus fiables pour régler les problèmes d’agressivité et de peur.

 

Jean-Luc Fourtier : D’accord, alors quels sont Catherine les questions que l’on vous pose le plus souvent ?

Catherine Collignon : Je ne sais pas. Peut-être “Pourquoi n’obéit-il pas ?”  Sur cette question je pourrai écrire un bouquin, mais je pense et je constate que les chiens n’intègrent pas le concept d’obéissance ou de désobéissance, ils ne cherchent pas à obéir ou à désobéir, ils cherchent simplement à produire un comportement pour obtenir ce qu’ils désirent ou pour éviter ce qu’ils ne veulent pas.

À partir de ce postulat, le challenge de l’éducation au quotidien est de donner envie à notre chien de produire les comportements que nous souhaitons lui voir reproduire et lui donner envie d’interagir avec nous.

 

Jean-Luc Fourtier : Merci pour la justesse de votre réponse ! Qu’est-ce qui vous exaspère le plus dans le monde canin ? 

Catherine Collignon : Je préfèrerai parler de ce qui me motive dans le monde canin, les maîtres, de plus en plus nombreux, à la recherche de méthodes respectueuses du bien-être physique, émotionnel et mental de leur chien, et je ne peux que les motiver à continuer car ils sont les principaux moteurs pour une mise en valeur des méthodes d’éducation bienveillantes pour les chiens.

Mais pour répondre à votre question, ce qui m’énerve, c’est cette tendance à vouloir résoudre des problèmes de comportement ou d’éducation en promulguant des recettes toutes faites qui mettent à mal les méthodes d’éducation amicales et positives et rendent confus de plus en plus de maîtres ne sachant plus qui croire et quoi faire.

 

Jean-Luc Fourtier : Oui je comprend, c’est aussi pour cette raison qu’il est important de mettre en avant les pionniers francophone de l’éducation positive et amicale comme vous par exemple afin que les novices mais aussi éducateurs canins, comportementalistes… se forment ou s’informent sur le comportement du chien.

 

Jean-Luc Fourtier : Un grand merci Catherine pour cette quantité d’informations que vous avez partagé et j’espère que les lecteurs mais aussi les professionnels du chien prendront note. 

 

Pour en savoir plus sur Catherine Collignon (séminaire, formation clicker training, conférence…), rendez-vous sur son site www.animalin.net

 

logo du site animalin de Catherine Collignon

 

Responsable Catherine Collignon

contact@animalin.net

 www.animalin.net

 

 

 

Alors bien-sûr j’aurai pu doubler ou tripler le nombre de questions mais je trouve que c’est déjà pas mal. Il y a tellement de choses à dire sur les problèmes de comportement et la réeducation du chien… qu’on pourrait passer plusieurs jours à rédiger.

 

A Bientôt pour une prochaine interview !